mardi 7 mai 2019

L’école de la toundra



Mai est, selon moi, un des plus beaux mois de l’année.
Le temps est doux et les journées s’allongent à vue d’œil. 
La glace et la neige recouvrent encore les lacs et la mer.
Quasi nostalgiques, nous regardons la neige qui fond à petits feutrés…
et espérons qu’elle ne disparaisse pas trop vite…
La neige, la glace, c’est la liberté!
Sortir de cette ville boréale, conquérir des espaces vierges, naturels, infinis!
Inspirer l’air pur.
Inspirer la lenteur, la fraicheur, l’espace.
Expirer ses soucis. 
Parce que, sur le territoire, tout le monde sourit. C’est, comme la gravité, une Loi de la nature.

Aujourd’hui, c’était la journée annuelle d’école dans la toundra pour mes enfants.
Les principes inuits (1) ont bien été respectés : l’apprentissage par l’observation et le mentorat, le travail d’équipe, le respect de l’environnement…
J’ajouterais, d’après mes yeux d’étrangère, la pédagogie des apprentissages libres et ludiques. 
Les enfants empilés dans les qomatiqs (2), les sourires éclatants, ce fut une journée en plein air douce, reposante, brillante. Au menu, grillade pour les enfants, nombreuses collations, mais aussi, phoque, ragout de caribou et bannock.
Une belle activité familiale, scolaire, communautaire.
Le bonheur!

Merci à toute l’équipe de Nakasuk d’avoir organisé l’une des plus belles journées de l’année!
Et, espérons que la neige reste avec nous jusqu’en juin pour avoir encore nombreuses autres journées de plein air avant la saison du soleil de minuit.
Le printemps nunavimmiut est toujours trop court. 











(1)  Les principes inuits, une charte des valeurs, sont la base de la philosophie du Nunavut et de l’enseignement dans les écoles d’ici. https://www.gov.nu.ca/information/inuit-societal-values
(2)  Qomatiq : traineau traditionnel inuit, encore fréquemment utilisé pour les chiens de traineau et les motoneiges.

jeudi 14 mars 2019

Découvrir des cultures autochtones avec ses yeux et ses oreilles



Ranger les blocs, passer au petit coin et habiller les enfants pour braver le froid aura pris quatre fois plus de temps que notre brève séance d’air frais. Six minutes. Nous sommes le 1ermars, il fait -22 dans la capitale du Nunavut. Température ressentie, -35. C’est à cause du vent, de l’absence d’arbres, du climat arctique, de la proximité de la mer ou du foutu réchauffement climatique, peut-être. C’est la faute à la latitude. Tout ce qui reste, c’est l’attitude. Ha! Si ça serait si simple...

Alors, on allume une chandelle ou une qulliq, on s’infuse une boisson chaude et on lit un conte arctique, remerciant la Vie de toutes les facilités offertes en 2019. 


Dans La malédiction du chamane (Kusugak), une femme vient d’enfanter. J’imagine comme elle se sent bien, instinctive et puissante, en train d’accoucher, seule dans son iglou. Cela me ramène à mon propre enfantement, presque seule, mais à deux époques tellement loin l’une de l’autre. Ah! Le bonheur de repenser aux enivrants états altérés de conscience d’un accouchement intime est doux…

" Elle lui avait donné naissance pendant que son mari était parti chasser la baleine dans les contrées glacées. À ses yeux, c’était comme cela que les choses devaient se passer : quand venait le moment pour une femme d’accoucher, les hommes partaient à la chasse et les femmes sortaient pour aider l’accouchement.
                  Mais Regard-Aveugle avait accouché seule. Aucune femme ne l’avait assistée. Cela avait été difficile, mais elle s’était préparée. Seule dans son iglou, elle s’était entourée de peaux de caribou, qu’elle avait roulées pour y appuyer ses bras et son dos. Ensuite, elle avait mis au monde Qavvik, ce petit garçon qui à présent bougeait et respirait. Aucune magie au monde n’aurait pu faire meilleur effet que celle-ci. »
(Kusugak, 2016, p.13-14)

Ce brillant roman a été écrit par Michael Kusugak, un grand conteur inuit. Lors de sa conférence de février dernier à l’école Nakasuk, mes enfants ont adoré l’entendre raconter ses anecdotes d’enfances, les jeux inuits auxquels il s’adonnait jadis, le temps qu’il passait en mer… Ils connaissaient déjà cet auteur grâce au livre jeunesse Une promesse, c’est une promesse (Munsch et Kusugak), qui aborde avec humour la légende des Qalupaluit.

Ces temps-ci, dans les médias, on parle beaucoup du concept d’appropriation culturel par les peuples colonisateurs et de réconciliation avec les peuples autochtones. Je constate autour de moi, une certaine incompréhension, parfois. Alors, je suis allée lire le Guide pour être une alliée des Autochtones. Pour s'ouvrir et s'informer à propos des premières nations, pourquoi ne pas s’imprégner d’œuvres réalisées par des autochtones eux-mêmes? Voici mes préférés :

Vidéo
Si le temps le permet, par Élisapie Isaac. (2014). Documentaire, Office National du Film, Montréal, 27 minutes. https://www.youtube.com/watch?v=I7eioa9_kYg 

Martha qui vient du froid, par Marquise Lepage. (2008). Documentaire, Office National du Film, Ottawa

Livres jeunesse (6-12 ans)

Munsch, R. et M. Kusugak. (2014). Une promesse, c’est une promesse, Édition des Plaines, Manitoba. Disponible surwww.amazon.ca

Qaunaq, S. (2011). Le petit orphelin et l’ours polaire, Édition Inhabit Media. Iqaluit et Toronto. Disponible sur www.amazon.ca

Livres adolescents/adultes

Jean, M., Bacon, J., Kanapé Fontaine, N., (…) Picard-Sioui L.-K. (2016). Amun : nouvelles, Éditions Stanké, Montréal. 

Kusugak, M. (2016). La malédiction du chamane, Édition Boréalia, France. Disponible sur https://borealia.euet amazon.fr 

Qumaq, Taamusi. (2010). Je veux que les Inuit soient libres de nouveau : autobiographie (1914-1993), Presse de l’Université du Québec, collection Jardin de givre, Québec. Disponible sur www.amazon.ca

Document audio (balado) :

Entrevue avec Élisapie Isaac, auteure-compositrice-interprète inuite

Entrevue avec Mélissa Mollen Dupuis, militante et artiste innue 

dimanche 9 décembre 2018

Le ciel du Nunavut



Le solstice boréal approche et le dernier mois de l’année semble avoir octroyé à l’hiver la bénédiction de sortir son manteau blanc, son obscurité lumineuse, sa glace sèche et son souffle frisquet. On pourrait croire que, sur la terre de Baffin, la saison froide rime avec hibernation... or, mine de rien, pendant que nous passons plus d’heures encabanés, des projets communautaires ainsi que des idées artistiques et créatives bouillent dans les âmes des Nunavummiuts.

De mon côté, je viens de recevoir mon premier diplôme universitaire (B.A.) à la Téléuniversité du Québec, après près de dix ans de travail comme mère-étudiante à distance. Et, youpi! un de mes articles sera publié dans la revue Lentement de janvier 2019, magazine édité par une amie qui scolarise ses enfants à domicile à Québec.

Aussi, ma puce, Minikuluk a eu un an. Il me semble que c’était hier, que j’accouchais. Quel souvenir! On a souvent en tête qu’un accouchement, ce n’est que quelques heures dans une vie… Or, tout parent, toute mère, sait comme cette expérience est marquante, et se tisse tout au long de notre vie. L’aspect psychoaffectif de l’être humain est complexe, diversifié et multidimensionnel.

Je m’excuse d’avoir négligé mon blogue au cours des derniers mois. J’ai eu une complication technologique (ouf! ce n’est pas ma tasse de thé!) avec mon nom de domaine et mon blogue a été bloqué par Facebook (!). Cependant, mes billets antérieurs demeurent bien présents sur : www.lasaisondumammouth.blogspot.com

J’écris encore, mais ailleurs... J’ai mis le point final à un ouvrage de 300 pages : J’aimerais que les femmes sachent qu’elles savent accoucher. J’anticipe avec impatience le printemps 2019 pour le grand lancement de mon premier livre pour adulte! Mais avant, je dois relire, réviser et peaufiner ce livre de réflexions et d’informations sur l’accouchement et la Vie en général. J’ai toute une équipe! Doulas, sagefemmes, amies et correctrices mettent la main à la pâte, ajoutant témoignages d’A.N.A. (accouchement non assisté), révisant le contenue du livre, corrigeant mes virgules et accords de verbe...



Je vous souhaite un beau temps des fêtes, à Boucherville, Sainte-Anne-des-Plaines, Senneterre, Longueuil, Saint-Zénon, Jena, Grossesseebach, Stroke et ailleurs sur notre planète bleue. Le ciel, ici au Nunavut, est toujours aussi magnifique en cette saison froide : il semble en perpétuelle aurore.

À bientôt,


Cynthia Dunord.

vendredi 1 juin 2018

Rêver à la fin du paradigme phallocrate des naissances




Premier juin. C’est la fin de l’hiver, ici, au pays des siksiks et renards arctiques.

Pas question de fantasmer à la verdure du Sud ou au soleil étouffant de Montréal, je reste au Nord, les pieds enfoncés dans la gadoue mi-neige, mi-humus de juin.

Je reste au Nord, juste pour le bonheur d’assister à la renaissance de la toundra. Je veux la voir fleurir, humer la neige s’évaporer, revêtir mon bonnet et mon amauti et sentir les rayons ultraviolets pénétrer ma peau.

Au milieu de nulle part, sans arbres ni gazon, je veux trouver ma pierre, m’y assoir et manger une patate graisseuse du Nanook Express, l’air marin dans la nuque.


Je veux entendre les enfants du Nord jouer dans les rues poussiéreuses à deux pas de mes quatre murs jusqu’à trop tard, parce que, la noirceur a déserté notre ville.

La noirceur s’est envolée en Antarctique, j’imagine, et, en échange, nous a offert un coucher de soleil infini, où l’on se demande continuellement, de minuit à trois heures du matin, si l’astre est en train de se coucher, de se lever ou, peut-être juste, comme dans tous les pays non touchés par le stress occidental, de s’en ficher, du temps.

Je veux m’assoir sur mon canapé anachronique et allaiter mon bébé en fredonnant Au clair de la lune et Qaumaqutigaq. Je veux repenser à mon accouchement libre qui me hante, le revisiter une ixième fois et sourire dans mon fort. Un doux accouchement, loin du paradigme phallocrate qui examine à coup de gants stériles les vulves et vagins des femmes, pour y mettre des chiffres sans réel sens pour celle qui est bien loin du visible dans la spirale de son enfantement.

Je rêve au nouveau paradigme des naissances, où les humaines accouchent dans leur propre chambre à coucher, de manière sexuelle et intime. Où les accouchements sont libres, ou bien accompagnés par des Karine-la-sagefemme, dans la conscience que la femme sait accoucher, que les bébés savent naitre (1).

Je rêve de liberté. Sur la mer gelée, à pas feutré, un pas à la fois. Et j’ai besoin de toi, espaces vierges du Nunavut, pour rêver.






(1) Voit le Nouveau paradigme des naissances de www.karinelasagefemme.com 

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"Ma mère, c'est la plus forte", un livre pour déconstruire nos peurs face à l'accouchement

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"C'est l'histoire de la naissance de ma petite soeur" Mat - fils de l'auteure

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