Entrevue avec Rachel,
mère d’un seul enfant, né à la maison, sans
assistance médicale (A.N.A.)
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Q: Les gens en général n’ont jamais entendu parler
de naissance libre (autre terme pour ANA), tu connaissais des gens qui avaient
accouché en famille?
Rachel: Non! Au commencement
de ma grossesse, j'ai lu le récit d'une femme qui a fait un ANA (accouchement non assisté) et je
me suis dit : « Ayoye, c'est bien extrême. Chacune pour soi, mais, ce
n'est pas pour moi! »
Et là, j'ai commencé à lire à propos des
interventions, à propos des protocoles, à propos des femmes mécontentes (que
leur accouchement leur ait été "volé" par des docteurs), à propos des droits des
femmes enceintes...
Et je me suis choquée. Mon côté féministe est complètement sorti,
finalement. J'ai tout le temps été féministe, mais je ne savais pas comment en
parler - mais là, j'ai trouvé ma cause.
Q: Et accoucher avec ton amoureux, chez toi, te
faisait peur? Tu n’avais pas peur que ton bébé meure à la naissance?
Rachel: Non, du tout. Je
savais que les risques étaient plus grands que je meurs en me rendant à
l'hôpital (à cause d'un accident de la route) que mon bébé décède à cause d'un accouchement à
domicile.(1)
Mais, j'étais prête à accepter le fait
que, la mort, ça fait partie des possibilités. Je ne voulais pas un accouchement
parfait, sans aucun risque, je voulais un accouchement propre à nous.
« Je ne fais pas mes choix en
pensant à mes peurs, mais en pensant à mes espoirs » (2)
Q: Comment se prépare-t-on à un tel événement?
Rachel: Je voulais que le matériel utilisé pour l'accouchement soit minime. Ce
que j'ai utilisé pendant l'accouchement est une bouteille d'eau chaude et un
drap de plastique. Après, beaucoup de serviettes, deux bouteilles pour arroser
le périnée, un mélange d'herbes médicinales et une chandelle pour couper le
cordon ombilical.
Question préparation mentale, physique et spirituelle, j'y suis arrivé doucement. J'ai pratiqué le laisser-aller. J'ai gardé une grande
curiosité pour ce dont mon corps faisait et j'essayais de ne pas interférer
d'une manière ou d'une autre. Je me suis abandonnée à la nature, au sauvage, au
savoir millénaire et universel des femmes. J'ai fait confiance en mon
corps pour faire ce qu'il doit faire, tout simplement.
J'ai pratiqué la
relaxation de tout, incluant le mental. J'ai lu tout ce que je pouvais: des
témoignages, des livres techniques, des livres spirituels, des statistiques,
des faits, des livres pour me changer les idées. Je me suis renseignée des
risques et j'ai pleinement accepté ceux-ci.
Chaque jour, je nourrissais mon corps
de bonne nourriture, de patience, de compréhension, d'acceptation, d'encouragements.
Je parlais de l'accouchement à mon conjoint de mes attentes et de mes espoirs. J'ai
écouté mon instinct primal, celui qui se fait si silencieux. Même si j'étais
lucide mentalement tout au long de mon accouchement, je ne pensais pas à mon corps, je le laissais faire ce qu'il voulait.
Q: Et ton conjoint, il était à l’aise de prendre
le rôle de "sage-femme" pour une nuit?
Rachel: Mon conjoint dit qu'il ne mérite pas de "félicitations" (lorsque quelque les gens lui disent: « Félicitations, Dr Papa. »),
qu'il a seulement fait du ménage et qu'il ne comprend pas pourquoi les gens en
font un si grand événement.
La partie "laisser-aller" est la plus compliquée pour certaines personnes qui veulent trop aider ou qui paniquent et
veulent que "leur femme ne souffre plus".
C'est assez fantastique d'avoir des
hommes comme ça dans nos vies.
Q: Des recherches ont démontré que la femme qui
accouche libère les mêmes hormones que lors d’une relation sexuelle. (3) Vois-tu un lien entre la sexualité et
l’accouchement?
Rachel: Absolument. Pour moi, l'accouchement et même l'allaitement font partie de
la sexualité. Dans tous les cas, il y a un orgasme (on espère deux! mais, ce n'est
pas toujours le cas), une grossesse, un accouchement et, espérons, l'allaitement
pour au moins deux ans. Tout cela, c'est sexuel. On sécrète l'ocytocine en affection
pour le partenaire, en orgasme, en accouchement et pour allaiter. En fait, je
me suis "préparée" à l'accouchement en plusieurs séances avec mon vibrateur.
L'orgasme est une série de spasmes de l'utérus et l'enfantement est la même
chose, au plus intense du sens. J'ai essayé la masturbation durant mon
accouchement, mais, malheureusement, ça n'a pas marché pour moi. Il y avait déjà tellement de sensations intenses que je ne pouvais me concentrer! La
naissance orgasmique sera peut-être pour une prochaine fois!
Aussi, en accouchant, une femme doit se mettre dans les mêmes conditions que celles idéales pour avoir
un orgasme : sentiment de sécurité, sentiment de ne pas être observée, confiante, "dans une bulle", utilisant le moins de vocabulaire possible, comblant son besoin d'intimité, etc.. Imagine
essayer d'avoir un orgasme pendant que quelqu'un te palpe pour voir à combien de
centimètres le col de l'utérus se trouve! L'allaitement, c'est pareil : la femme doit se
sentir confortable, soutenue, dans un bon environnement... Ce sont tous des trucs
essentiels pour le succès de l'orgasme, l'accouchement ou l'allaitement.
Q: Dans les sociétés anciennes, on attendait
généralement que le placenta soit né et que le bébé respire bien avant de
couper le cordon ombilical. (4) C’est une astuce que tu connaissais? Que tu as
appliqué?
Rachel: Je n'avais pas beaucoup d'informations à propos du placenta jusqu'à ce que
je lise le livre Placenta Book de Robin Lim. Dans ce livre, il y a non
seulement l'aspect historique, mais aussi spirituel et physiologique. Le rituel
de brûler le cordon avec une chandelle vient de ce livre. Je n'avais jamais
vraiment pensé profondément à ce que le placenta représentait pour moi. Mais en réalité, ça peut être vu comme le jumeau génétique du bébé, le porteur
intelligent de tous les nutriments et un essentiel à la grossesse, dans
tous les sens. Je voulais vraiment honorer cet aspect de la naissance qui, de
nos jours, n'est presque pas mentionné.
Donc oui, j'ai lu ces faits seulement quelques jours avant la
naissance de mon fils et je me suis assurée que bébé aille bien avant de
sevrer le cordon dans le respect. Autres astuces de ce livre: Si le bébé a de
la misère, n'est pas assez vigoureux à la naissance, la stimulation du placenta par massage
et chaleur pourrait apporter une dernière vitalité du placenta à l'enfant. Aussi, en
cas d'hémorragie, j'ai lu des témoignages de personnes qui mangeait un bout de placenta cru...
(1)
VADEBONCOEUR,
Hélène, Un accouchement naturel ou une
césarienne, édition Fides, Montréal, 2010
(2)
Mamanzine, Groupe Maman
(3) ODENT, Michel, The function of
the orgasm, Paris, 2010
(4) GOLDSMITH, Judith, Childbirth
Wisdom from the World’s Oldest Societies, East West Health Books, Brooklin,
1990
