jeudi 21 septembre 2017

Deuxième lettre à ma grand-mère


Chère Anaanasiaq (1),

Après un doux été à savourer la chaleur du Sud, on est rentrée à Iqaluit en pleine saison des épilobes, ces fleurs violacées ultras vivaces qui évoquent chez moi la force de la nature, se multipliant avec vigueur dans les conditions les moins chaleureuses du globe. Ces fleurs sont simples, belles et sauvages.

Environ huit mois de grossesse. Au fond de mon coeur, je sens de plus en plus l'accouchement se concrétiser. Oh, c'est encore beaucoup, 1 mois, à accueillir les mouvements in utero de mon bébé plein de vie, un après l'autre, de remercier la Vie à chacun de ces instants sacrés dont j'ai le privilège de partager avec cette petite âme qui m'a choisi comme mère.

Presque tous les jours, je pense un petit peu à mon  accouchement qui approche. Je lis, médite, regarde des vidéos, fais la sieste, aménage ma chambre, explique aux enfants qu'il ne faut pas avoir de plans rigides (peut-être bébé naîtra-t-il la nuit et qu’ils dormiront, par exemple)…

À mes enfants, je leur raconte l’histoire du fermier et de sa truie qui attendaient de nombreux bébés... (2)

MES ENFANTS : Raconte-nous encore, Maman!

MOI: Il était une fois un fermier qui était très occupé: il devait s'occuper de ses légumes, traire ses vaches, ramasser le fumier de ses animaux, et sa truie était enceinte et allait bientôt mettre bas. Le fermier était tellement débordé qu'il demanda à ses enfants de l'aider. Il dit: "Méderik, Mariève, Mathis! Venez ici, je vais avoir besoin de vous." Alors, il leur expliqua que quand la truie allait avoir ses bébés, ça serait eux qui allaient s'en occuper, qu'il faudrait observer la truie de loin, sans jamais la déranger. Quand un animal donne naissance, celui-ci ne doit jamais se sentir observer ni savoir que nous sommes là. Alors, vous vous trouvez un petit coin, une petite cachette…

MON GRAND : On va se cacher dans le foin !

MA GRANDE : Ou dans la mangeoire des cochons ! 

MOI : Le fermier explique à ses enfants : « Durant l’accouchement, vous ne faites pas de bruit, vous observer. Si jamais la truie a besoin d'un peu d’aide, ou est distraite et écrase un de ses petits, ce qui est très très rare, vous pourriez doucement vous approcher pour l'aider, puis vous disparaissez de nouveau.
"Oui oui! On va s'occuper de la truie! dirent les enfants. Et aussi s'occuper des cochonnets!" "N'oubliez de vous faire invisible, de ne pas déranger la truie, même quand les cochonnets sont nés! Vous les prendrez le lendemain, quand l'accouchement sera bel et bien fini." "Oh oui, papa, nous sommes capables d'être calmes et patients!"



Et voilà pour ma petite histoire, qui aborde l'intimité de l'enfantement. Tu crois, Anaanasiaq, que mes enfants ont compris la leçon ? Les enfants sont tellement intelligents !

Tu me diras comment ça va chez vous? Ici, le chantier de construction à Chéri avance à grands pas, les enfants étaient heureux de sauter sur les flaques d'eaux gelées ce matin, en prenant le chemin de l'école, et la mer est superbe, comme à son  habitude.

Ces temps-ci, je cuisine des petits plats à congeler pour les premiers temps avec bébé neuf, as-tu de bonnes recettes du terroir à me suggérer? Aussi, j'évite de trop en faire en pensant à l’image de « la femme enceinte qui brode à la fenêtre » (3). En regardant la toundra et le silence, je me dis que nous sommes toutes, un peu, comme les épilobes, ces fleurs simples, belles et sauvages.

Je t’aime, Anaanasiaq,

Cynthia xx


(1) Voici le lien ICI pour la première lettre à Anaanasiaq, mot signifiant « grand-mère maternelle en inuktitut »

(2) Il s’agit d’une adaptation d'une anecdote rapportée par Michel Odent dans la vidéo Votre bébé est un mammifère.


(3) Lire la réponse de la correspondance avec Anaanasiaq ICI

mercredi 13 septembre 2017

Suite de ma correspondance auprès de grand-mère...



Coucou !

C’est moi, Cynthia, de retour à Iqaluit! Avec la rentrée scolaire, les enfants, la grossesse... mes journées sont bien remplies. Afin de vous donner plus amples nouvelles, je prépare une nouvelle lettre à ma Anaanasiaq que je vous partagerai très très bientôt. 

En attendant, voici des extraits des deux réponses que j’ai reçues; la première de ma Anaanasiaq biologique et la seconde de ma Anaansiaq spirituelles; deux femmes extraordinaires.


C xx

CLIQUEZ ICI, pour lire ma première lettre à Anaanasiaq.



Senneterre, 2 mai 2017

Allo Cynthia !

Ça va ? Ma belle Cynthia ! Et la petite famille est bien ?

Tout d’abord, un gros merci pour ta jolie lettre que tu m’as fait parvenir.
J’ai aimé que tu m’appelles Anaanasiaq. C’est joli ce nom.
Il est vrai que nous sommes éloignés de la ville, en Abitibi. Il fait froid, mais on est bien. On n’est pas à plaindre.
(...)

Moi, lors de l’accouchement de mon quatrième enfant, tout s’est bien passé, car, dans ce temps-là, on nous endormait. On n’avait pas grand douleur. Il pesait 10 livres 11 onze et demi. J’aurais aimé me faire accoucher par une sage-femme.
(…)

Pour ce qui est de ma grossesse, la nuit, ce n’était pas facile de dormir. Dit à ton subconscient de te faire dormir.

Bon, ma chère Cynthia, je te laisse en te souhaitant la meilleure des chances. Et fais attention à toi et au petit qui s’en vient et repose-toi bien.

Je t’aime.
Ta grand-mère Anaanasiaq xxxx


Assise, 10 mai 2017

Chère Prunelle,

Ce matin, je suis à Assise, là où Saint-François et Sainte-Claire ont vécu avec tant d'amour, le même que toi avec ton amoureux au nord du nord. Ils n'ont pas eu d'enfants, eux, mais ils ont aimé les enfants des autres. Leur tombeau est ici et les pèlerins et les touristes viennent s'incliner et demander des grâces ou remercier pour grâces obtenues.

Je vois et je lis tes mots de début de grossesse qui prend tout ton énergie de femme, de mère, d'amante, d'aidante, de clown, de cuisinière et plus encore.
Autrefois, les femmes brodaient à la fenêtre sur un vêtement de bébé, ça, c'est l'image.
 Dieu sait comment tu dois broder de l'intérieur pour faire juste l'essentiel.
 

Oui, t'étendre dans les rayons du soleil, ne pas en manquer un, pendant que ton petit acrobate joue à tes pieds ou expérimente ses talents multiples.
 Juste s'appuyer sur un mur, pour fermer les yeux un instant et les rouvrir le temps d'un soupir.
 

Ton bébé est tellement heureux quand tu t'allonges, car il peut se déplier les jambes et ouvrir les bras si menus soit-il. 


« Chéri, je n'en peux pu , je m'en vais dans ma cabane seule pour voir la lune pleine de mai. »Je te répète ce que j'ai dit à ta sœur Emmanuelle , choisis-toi...quelle est la personne la plus importante pour toi? Je peux tout te dire, car je sais aussi que tu es si créative que déjà tu t'es donné des moyens pour entrer dans l'eau maternelle et de t'y reposer jusqu'aux ondes alpha.

 

Tu voulais savoir comment j'ai porté mon 4e. Je l'ai porté avec une grande fatigue pour les 4 premiers mois, ensuite tout s'est placé. Je me souviens d'être allé au salon des métiers d'art, et je cherchais un banc constamment pour m'asseoir. Pas d'énergie! 

Et tout ce qui existait dans l'invisible, je le portais. Mon âme le savait, mais comment interpréter le non-dit?

 

J'ai donné naissance à l'hôpital,  car j'avais eu une césarienne à la 3e. Mais, j'ai fait mon travail à la maison d'une heure du matin à l'orée du jour. Seule! Personne n'a pu m'enlever ces moments si précieux en communion avec cet enfant. J'ai fait un bas de jupe longue, j'ai écouté la musique de Jose Feleciano en boucle, mon amie Joan est arrivée au matin et j'ai travaillé avec elle tout l'avant-midi . Ma belle-mère est venue chercher mes deux filles, je l'ai salué brièvement. Mon mari est venu de Québec en vitesse, il a pris une contravention d'ailleurs. Il est arrivé vers 13 heures, a mis sa main dans mon dos pour quelques secondes ou minutes, je la sens encore après toutes ces années. Et il est reparti vers Québec pour accoucher avec son équipe d'un livre sur la jurisprudence en transport. 

Si tu veux savoir la suite, je te la donnerai. 


Mais j'ai porté ce bel enfant avec tant de grâce et fierté, j'ai vu les fleurs printanières arrivées, j'ai marché dans la ville où j'habitais tant de fois avec joie.

Voilà ma Prunelle un bout d'histoire!

Avec tout mon amour,

Mamita Danielle, xx 



"Ma mère, c'est la plus forte", un livre pour déconstruire nos peurs face à l'accouchement

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"C'est l'histoire de la naissance de ma petite soeur" Mat - fils de l'auteure

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