À tout moment,
de notre vie, nous avons le droit de choisir, hommes et femmes, des
traitements que l'on juge pertinents à notre santé. Nous pouvons
consulter un médecin, un naturopathe, un chiropraticien, un proche,
un livre… ou personne, selon notre propre jugement, nos croyances
et notre situation unique. En fait, il y a une exception à cette
règle de liberté, une loi injuste (1) pour les femmes et assez
récente dans l'histoire (2) qui dicte que l'accouchement est un acte
réservé, un acte médical, que seuls les médecins,
gynécologues-obstétriciens ou sages-femmes sont autorisés à le
pratiquer. La femme n'a plus le droit, durant ses contractions, de sa
liberté fondamentale de choisir pour elle-même. Moi qui pensais que
mon vagin m'appartenait... La question se pose :
Est-ce
qu'accoucher est un acte médical?
Non, pas
nécessairement.
-
Tout d'abord, d'un point de vue physiologique (naturel), l'accouchement se rapproche plus d'un événement normal que médical.
-
Ensuite, les connaissances actuelles permettent à l'humain de surveiller ses signes vitaux lui-même sans qu'il s'agisse d'acte médical.
-
Finalement, tout ce qui implique le vagin devrait être considéré d'un angle sexuel.
L'accouchement
d'un point de vue physiologique
En 2008, le
ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec affirme
que « l’accouchement est un événement physiologique
naturel qui n’implique pas, a
priori, d’interventions
médicales. » (3).
Le terme « physiologique »
désigne tout ce qui fait partie du fonctionnement normal de notre
corps (le maintien de notre température, la digestion...)
Basé sur de récentes recherches, Michel Odent compare
l'accouchement à l'endormissement, deux processus naturels
nécessitent un sentiment de sécurité et un environnement calme
(4). Selon l'OMS, 70 à 80% des accouchements devraient être
considérés comme normaux (5).
La surveillance
de l'accouchement
En utilisant les
sens du toucher et la vue, chacun observe quotidiennement l'état de
ses proches (teint du visage, température corporelle élevée
détectée par le toucher, état amorphe…) Il est également
possible de se procurer un thermomètre ou un stéthoscope et
d'utiliser ces instruments « médicaux » chez soi sans
faire de diagnostic ni d'acte médical. Pourquoi ces gestes
deviennent-ils soudainement des actes médicaux durant les quelques
heures que la femme a des contractions?
Il en va de même
pour les touchers vaginaux: tout adulte peut se toucher lui-même
l'intérieur du vagin dans son intimité, seul ou avec un autre
adulte consentant à tout moment de sa vie...
Au-delà d'une loi paternaliste voulant que les gynécologues-obstétriciens, les
médecins et les sages-femmes soient les seuls aptes à «
surveiller et évaluer la grossesse, le travail, l’accouchement
» (1), il faut se rendre à l'évidence que l'humain – dans notre
cas, la femme qui accouche – a des informations sur son corps que
seule celle-ci ressent. Et, tout comme à d'autres moments de sa vie,
elle a le jugement de choisir entre se diriger vers un hôpital si
elle est inquiète, demeurer chez elle si elle se sent bien ou encore
téléphoner à la personne de son choix pour l'accompagner ou
simplement avoir des conseils d'amis.
L'implication du
vagin dans l'accouchement
Lors
de l'écriture de la célèbre pièce de théâtre Les
Monologues du Vagin, les
femmes interviewées à propos de leur vagin parlaient de viols, de
honte, de
dignité... et d'accouchements. (6)
La sage-femme Ina May Gaskin rappelle constamment dans
ses ouvrages que le vagin
est un organe « timide » et
qu'il faut continuellement
garder cela en tête pour faciliter un accouchement. Elle
nous explique que, comme à
tout autre
moment de sa vie sexuelle, la composante psychologique est
fondamentale lors d'un accouchement. (7)
Surtout, parmi les
nombreuses similitudes entre faire l'amour et accoucher, la
libération hormonale impliquée lors de ces deux moments
(particulièrement l'ocytocine et l'endorphine) est
une importante découverte scientifique qui lie
désormais la sexualité à
l'accouchement. (8)
Accoucher ne
devrait pas être considéré comme un acte médical
Considérant
l'aspect naturel de l'accouchement, la capacité des femmes à
s'observer elle-même ainsi que l'aspect sexuel de l'accouchement, il
semble évidant qu'il y a une « erreur » fondamentale à
considérer systématiquement tout accouchement comme un acte
médical. Il est anticonstitutionnel que nos lois interdissent les
femmes d'agir selon leur propre choix.
Tout comme les
athlètes de haut niveau, les femmes enceintes sont souvent suivies
par un professionnel. Est-ce que cela fait de toute performance
sportive un acte médical? Tel que nous admirons les athlètes pour
aller au bout d'eux-mêmes, nous
devrions admirer la grandeur de l'accouchement.
--------
Références:
(1) LOI médicale,
Article 31, Québec, http://legisquebec.gouv.qc.ca/fr/showdoc/cs/M-9
, consulté le 20 octobre 2016.
et LOI sur les
sages-femmes, Article 6,
Québec, http://legisquebec.gouv.qc.ca/fr/ShowDoc/cs/S-0.1/,
consulté le 20 octobre 2016.
(2) RIVARD, André. 2014. Histoire de l'accouchement dans
un Québec moderne. Remue-Ménage.
(3)
Politique de périnatalité
québécoise 2008-2018 : Un projet porteur de vie. 2008.
Ministère Santé et Services Sociaux, Québec,
http://publications.msss.gouv.qc.ca/msss/document-000730/
, consulté 24 octobre 2016, p.44.
(4) ODENT Michel. 2016. L'humanité survivra-t-elle à la
médecine, éditions Myriadis.
(5)
Organisation Mondial de la
Santé. 1996.
Care in a Normal Birth :
a pratical guide,
http://www.who.int/maternal_child_adolescent/documents/who_frh_msm_9624/en/
, consulté 24 octobre 2016,
p.8.
(6) ENSLER, Eve.
2012. The Vagina Monologes. HBO Special Edition DVD.
(7) GASKIN, Ina May.
2003. Ina May's Guide to Childbirth, Bantam
Publisher.
(8) BUCKLEY, J Sarah. 2008. Gentle Birth, Gentle Mothering,
Celestial Art Publisher



