Rencontre avec Emmanuelle
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J'ai
rencontré Emmanuelle l'été dernier, alors qu'elle portait son
cinquième enfant. En tant que passionnées, nous avons parlé
d'accouchement sous toutes ses couleurs : naturel, fort, libre,
intense, dans l'eau, sauvage, familial…Quelques
mois plus tard, j'ai eu la grande nouvelle de savoir qu'elle avait
réalisé un accouchement libre, à domicile et dans l'eau!
« Accoucher
sans assistance médicale, ce n’est pas
agir par quelque
obstination excentrique, mais avec
la FORCE naturelle et le caractère
sacré qui jaillit
d’une confiance inébranlable dans le processus
de la VIE. » - Emmanuelle
Emmanuelle,
quand as-tu désiré accoucher dans l'eau pour la première fois?
Depuis
ma première grossesse. En fait, je ne voulais pas accoucher à
l’hôpital, j'avais terriblement peur de cette option. Quand je
rentre là, j'ai la nausée, j'angoisse, je ne me sens pas du tout
bien. Je sais que ça vient du temps où j'étais petite et je devais
aller à Ste-Justine régulièrement pour une maladie chronique.
Donc, je me suis informée sur d'autres alternatives, je faisais des
recherches sur l'accouchement dans l'eau, quand je suis tombée par
hasard sur les maisons de naissance (MDN) avec sages-femmes. Je ne
savais même pas que ça existait au Québec. J'ai pris rendez-vous,
j'ai été charmée par la visite, les chambres de naissance avec un
bain dedans. J’ai demandé un suivi et j’ai tout de suite
souhaité accoucher dans l’eau.
Alors,
tes cinq enfants sont nés dans l'eau?
1er
accouchement. Quand mon travail a débuté et que je suis arrivée à
la MDN, j’ai tout de suite demandé à aller dans le bain. Après
plus d’une heure trente de poussée dans l’eau, les contractions
s’espaçaient, l’eau chaude ralentissait mon travail, alors mes
sages-femmes m’ont demandé de sortir du bain pour que je
m’installe dans le lit, j’étais déçue, mais je me suis
souvenue d’un passage du livre d’Isabelle Brabant qui disait que,
parfois, l’on doit sacrifier une position plus confortable pour une
position plus douloureuse, mais qui est plus efficace pour faire
avancer le travail, alors, j’ai accepté de sacrifier l’eau que
j’aimais, qui me faisait sentir trop bien, pour que mon
accouchement se poursuivre. Mon premier amour est né dans le
lit.
Pour diverses raisons, les sages-femmes m'ont
également demandé de sortir de l'eau à mon 2e accouchement et 3e
accouchement.
À
la 4e grossesse, j’ai pu pousser mon bébé dans l’eau. L’eau:
l’endroit où je me sens si bien. J’ai vraiment aimé cette
expérience. La seule chose qui manquait était… être chez
moi.
5e accouchement : j’ai pu enfin vivre un rêve :
accoucher chez moi, simplement et dans l’eau. Ce fut un
accouchement simple, merveilleux, naturel, normal et je me sentais si
bien!

D'où
est née l'idée d'un accouchement non assisté (ANA)?
L'idée
d'un accouchement non assisté est née à la base d'une frustration,
d'une déception en lien avec le fait que je n'étais pas admissible
pour un accouchement à domicile, étant hors territoire de la MDN
depuis mon déménagement. Je crois fermement qu'une femme en travail
ne devrait pas se déplacer si elle n'en a pas envie, elle devrait
pouvoir accoucher là où elle veut, avec qui elle veut et le faire
selon ce qu'elle sent.
Ce
fut un long cheminement. À ma 5e grossesse, je ne pouvais plus taire
cette voix hurlant à l'intérieur de moi, je DEVAIS accoucher chez
moi, je ne pouvais pas supporter l'idée que ça soit autrement que
dans ma maison, avec mon amoureux, entourée de mes enfants. Je me
suis alors préparé pour un ANA, j'ai beaucoup lu, j'ai rencontré
des femmes extraordinaires qui l'ont vécu, qui ont pris le temps
d'écouter mon désir, qui m'ont appuyée là-dedans. Mon conjoint et
moi en avons beaucoup parlé et nous étions vraiment prêts à cette
éventualité. C'était un choix éclairé. Finalement plus
tardivement dans ma grossesse, j’ai rencontré deux sages-femmes reconnues par l'Ordre, qui étaient prêtes à m'assister à domicile comme elle le font pour les Québécoises qui habitent sur le territoire d'une maison de naissance. J'ai poursuivi ma
route avec elles, je leur en suis éternellement reconnaissante d’avoir entendu mon désir. Mais, je
n'arrivais pas à faire taire cette voix puissante à l'intérieur de
moi, ça sortait de mes tripes, je voulais le vivre. Je
continuais à m’informer, à lire des récits d’ANA, à visionner
des vidéos, etc. J'ai laissé ça planer un peu...
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| "Je ne me
suis jamais sentie aussi féminine et libre qu’à ce moment-là" |
Et
le jour venu…
Le
jour venu, je me sentais tellement bien, dans mon élément qu’à
ce moment précis, je voulais le vivre ainsi, avec les personnes les
plus importantes dans ma vie.
C’était
devenu comme une évidence, je me sentais en totale confiance en la
vie. Je n'ai pas senti le besoin d’appeler qui que ce soit, même
pas un accompagnateur pour les enfants ou une sage-femme (comme il était convenu, j'avais beaucoup cheminé et je me sentais en sécurité et bien auprès de mon conjoint). Nada. Rien.
Un désir seulement: faire ça avec mon amoureux et ne pas
déstabiliser le quotidien de mes enfants. Alors je me suis écoutée
totalement et entièrement, sans aucune contrainte. Juste moi, mon instinct, mes hormones, mon corps, mon bébé et ma famille. Je ne me
suis jamais sentie aussi féminine et libre qu’à ce moment-là.
Ton bébé est né dans l'eau?
Nous
avions installé une écharpe au-dessus de ma piscine d'accouchement
pour que je puisse m’agripper. Cette écharpe fut un outil
fantastique. C’était vraiment génial. J’avais d’un côté mon
homme, mon pilier dans cette tempête, je pouvais me laisser molle
sur lui ou m’agripper à lui, comme je le sentais et me suspendre
dans les airs quand j'en ressentais le besoin. J’étais donc libre
de choix, de mouvements, selon ce que mon corps me dictait, selon mes
ressentis. Je me sentais active dans ma poussée, plus active que mes
autres accouchements. Je me sentais libre, cette liberté que tout
mon corps m’appartient, que c’est moi et uniquement MOI qui
accouche, sans contraintes extérieures, tout émanait de MES choix,
de ce que je ressentais dans mon corps, c’était puissant,
tellement puissant! Puis
les sensations sont devenues plus fortes, je sentais la vague venir
au loin puis la sensation de poussée ensuite. Finalement, mon bébé
est né là où je le souhaitais!
Avez-vous
écouté le coeur du bébé ou fait d'autres
interventions durant l'accouchement?
Non,
je n'ai pas senti le besoin de faire de touchers vaginaux, d'écouter
le cœur du bébé, de calculer mes contractions ou quoi que ce soit
d'autre. J'ai juste écouté mon corps, les sensations, mon ressenti,
mon instinct, c'était tout ce que je devais savoir. D'ailleurs,
j'avais fait mon plan de naissance avec mon amoureux et il savait que
l'unique chose à faire était de faire exactement ce que je
demandais de faire.
Comment
te sens-tu face à cet accouchement?
Je
suis tellement heureuse de cette magnifique et dernière naissance,
qui m'a rendue plus forte envers moi-même, dans le sens de confiance
en mon corps, de lâcher-prise et de laisse-aller total envers tout,
envers tout ce qui pourrait... envers mes peurs, mes angoisses,
envers l’inconnu… Un énorme travail a été fait, un très long
processus, cheminement à travers 4 autres expériences
d’accouchement, envers plusieurs rencontres de femmes merveilleuses
et inspirantes, envers plusieurs recherches, lectures et
documentations… il
est né d’un choix éclairé….
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As-tu rencontré d'autres femmes ayant également donné naissance en
famille?
Oui, quelques-unes par l'entremise d'Internet, sur des forums et lors d'un blessingway où j'ai rencontré trois femmes qui avaient vécu un ANA. J'admirais
tellement les femmes qui l'avaient fait avant moi, ça m'inspirait
beaucoup, mais je me disais que je n'aurais jamais ce courage.
Aujourd'hui, je réalise que ce n'est pas du tout du courage, mais
juste de la confiance, de la sérénité et un choix, c’est juste
un désir, un désir d’instinct, de naturel, une écoute envers
notre corps, notre bébé, une écoute de la vie. Un désir de
vivre une expérience en étant complètement et totalement à
l’écoute de soi-même.
Félicitation Emmanuelle et
Merci
énormément pour ce partage intime et précieux.
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