Premier juin.
C’est la fin de l’hiver, ici, au pays des siksiks et renards arctiques.
Pas
question de fantasmer à la verdure du Sud ou au soleil étouffant de Montréal, je
reste au Nord, les pieds enfoncés dans la gadoue mi-neige, mi-humus de juin.
Je reste au
Nord, juste pour le bonheur d’assister à la renaissance de la toundra. Je veux
la voir fleurir, humer la neige s’évaporer, revêtir mon bonnet et mon amauti et sentir les rayons
ultraviolets pénétrer ma peau.
Au milieu
de nulle part, sans arbres ni gazon, je veux trouver ma pierre, m’y assoir et
manger une patate graisseuse du Nanook Express, l’air marin dans la nuque.
Je veux
entendre les enfants du Nord jouer dans les rues poussiéreuses à deux pas de
mes quatre murs jusqu’à trop tard, parce que, la noirceur a déserté notre
ville.
La noirceur
s’est envolée en Antarctique, j’imagine, et, en échange, nous a offert un
coucher de soleil infini, où l’on se demande continuellement, de minuit à trois
heures du matin, si l’astre est en train de se coucher, de se lever ou, peut-être juste, comme dans tous les pays non touchés par le stress occidental,
de s’en ficher, du temps.
Je veux m’assoir
sur mon canapé anachronique et allaiter mon bébé en fredonnant Au clair de la lune et Qaumaqutigaq. Je veux repenser à mon
accouchement libre qui me hante, le revisiter une ixième fois et sourire dans
mon fort. Un doux accouchement, loin du paradigme phallocrate qui examine à
coup de gants stériles les vulves et vagins des femmes, pour y mettre des
chiffres sans réel sens pour celle qui est bien loin du visible dans la spirale de son enfantement.
Je rêve de
liberté. Sur la mer gelée, à pas feutré, un pas à la fois. Et j’ai besoin de
toi, espaces vierges du Nunavut, pour rêver.

Aucun commentaire:
Publier un commentaire