Ranger les blocs, passer au petit coin et habiller les enfants pour braver le froid aura pris quatre fois plus de temps que notre brève séance d’air frais. Six minutes. Nous sommes le 1
ermars, il fait -22 dans la capitale du Nunavut. Température ressentie, -35. C’est à cause du vent, de l’absence d’arbres, du climat arctique, de la proximité de la mer ou du foutu réchauffement climatique, peut-être. C’est la faute à la latitude. Tout ce qui reste, c’est l’attitude. Ha! Si ça serait si simple...
Alors, on allume une chandelle ou une qulliq, on s’infuse une boisson chaude et on lit un conte arctique, remerciant la Vie de toutes les facilités offertes en 2019.
Dans
La malédiction du chamane (Kusugak), une femme vient d’enfanter. J’imagine comme elle se sent bien, instinctive et puissante, en train d’accoucher, seule dans son iglou. Cela me ramène à
mon propre enfantement, presque seule, mais à deux époques tellement loin l’une de l’autre. Ah! Le bonheur de repenser aux enivrants états altérés de conscience d’un accouchement intime est doux…
" Elle lui avait donné naissance pendant que son mari était parti chasser la baleine dans les contrées glacées. À ses yeux, c’était comme cela que les choses devaient se passer : quand venait le moment pour une femme d’accoucher, les hommes partaient à la chasse et les femmes sortaient pour aider l’accouchement.
Mais Regard-Aveugle avait accouché seule. Aucune femme ne l’avait assistée. Cela avait été difficile, mais elle s’était préparée. Seule dans son iglou, elle s’était entourée de peaux de caribou, qu’elle avait roulées pour y appuyer ses bras et son dos. Ensuite, elle avait mis au monde Qavvik, ce petit garçon qui à présent bougeait et respirait. Aucune magie au monde n’aurait pu faire meilleur effet que celle-ci. »
(Kusugak, 2016, p.13-14)
Ce brillant roman a été écrit par Michael Kusugak, un grand conteur inuit. Lors de sa conférence de février dernier à l’école Nakasuk, mes enfants ont adoré l’entendre raconter ses anecdotes d’enfances, les jeux inuits auxquels il s’adonnait jadis, le temps qu’il passait en mer… Ils connaissaient déjà cet auteur grâce au livre jeunesse Une promesse, c’est une promesse (Munsch et Kusugak), qui aborde avec humour la légende des Qalupaluit.

Ces temps-ci, dans les médias, on parle beaucoup du concept d’appropriation culturel par les peuples colonisateurs et de réconciliation avec les peuples autochtones. Je constate autour de moi, une certaine incompréhension, parfois. Alors, je suis allée lire le
Guide pour être une alliée des Autochtones. Pour s'ouvrir et s'informer à propos des premières nations, pourquoi ne pas s’imprégner d’œuvres réalisées par des autochtones eux-mêmes? Voici mes préférés :
Vidéo
Si le temps le permet, par Élisapie Isaac. (2014). Documentaire, Office National du Film, Montréal, 27 minutes.
https://www.youtube.com/watch?v=I7eioa9_kYg
Martha qui vient du froid, par Marquise Lepage. (2008). Documentaire, Office National du Film, Ottawa
Livres jeunesse (6-12 ans)
Munsch, R. et M. Kusugak. (2014).
Une promesse, c’est une promesse, Édition des Plaines, Manitoba. Disponible sur
www.amazon.ca
Qaunaq, S. (2011).
Le petit orphelin et l’ours polaire, Édition Inhabit Media. Iqaluit et Toronto. Disponible sur
www.amazon.ca
Livres adolescents/adultes
Jean, M., Bacon, J., Kanapé Fontaine, N., (…) Picard-Sioui L.-K. (2016). Amun : nouvelles, Éditions Stanké, Montréal.
Kusugak, M. (2016).
La malédiction du chamane, Édition Boréalia, France. Disponible sur
https://borealia.euet amazon.fr
Qumaq, Taamusi. (2010).
Je veux que les Inuit soient libres de nouveau : autobiographie (1914-1993), Presse de l’Université du Québec, collection Jardin de givre, Québec. Disponible sur
www.amazon.ca
Document audio (balado) :
Entrevue avec Élisapie Isaac, auteure-compositrice-interprète inuite
Entrevue avec Mélissa Mollen Dupuis, militante et artiste innue