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| Karine Forget, doula |
*** CONCOURS ***
(plus de détails à
la fin de ce billet)
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| Cynthia et Cindy: jumelles identiques |
Karine,
explique-nous d'où l'idée d'écrire ce livre est venue?
Quand
je suis tombée enceinte de mes jumeaux, j’en étais à mon
deuxième suivi sage-femme. J’avais déjà accouché à la maison
et c’était tout naturel que je fasse la même chose pour cette
fois-ci. Vers 12 semaines, c’est là que tout a changé! J’ai
appris que j’attendais deux bébés et que, par conséquent, je
perdais mon suivi sage-femme. En plus d’être sous le choc (ma
fille avait à peine un an), j’étais très en colère. Moi qui
étais habituée aux choix éclairés, je me retrouvais dans un suivi
en clinique de grossesse à risque sans aucun choix et avec une
longue liste d’obligations : péridurale obligatoire,
monitorage continu obligatoire, échographie à tous les mois,
poussée en salle d’opération « au cas où »…
C’était à des années-lumière de ce que j’avais vécu. Ce qui
me choquait le plus, c’est que, lorsque je demandais le pourquoi
d’une procédure, on me répondait tout bêtement « c’est
parce que c’est des jumeaux, Madame ». Cette réponse n’a
jamais été suffisante pour moi et c’est pour fournir d’autres
réponses aux futurs parents de jumeaux que j’ai décidé de
devenir accompagnante à la naissance, de me spécialiser en
grossesse gémellaire et d'écrire mon livre.
Dans
ton livre, tu répètes souvent que "c'est très demandant,
porter des jumeaux", quelles autres différences y-a-t-il entre
les grossesses de singleton et celles de jumeaux?
Lorsqu’on
est enceinte, peu importe le nombre de bébés, notre corps travaille
fort pour fabriquer un bébé. Tout le système est mis à
contribution, et ce, 24 heures sur 24. C’est épuisant par moment
être enceinte et lorsqu’on a deux bébés, c’est doublement
épuisant. Les désagréments sont plus nombreux, plus forts et
durent plus longtemps que pour une grossesse simple. Cela dit, il
arrive que des mères de jumeaux continuent de travailler jusqu’à
36 semaines! Mais elles sont rares. La majorité arrête dès la 24e
semaine.
La hauteur utérine aussi est disproportionnée. À 32 semaines,
j’avais le ventre d’une femme à terme (40 semaines). Les maux de
dos, de hanches, de symphyse et j’en passe sont extrêmement
fréquents et très prononcés chez les gémellaires et tout cela
commence très tôt dans la grossesse.
Le
suivi aussi est très différent. Dès qu’on apprend qu’on attend
des jumeaux, les médecins se montrent très alarmistes et sont
constamment prêts à une catastrophe tout en répétant que tout va
bien pour le moment... C’est très stressant de vivre comme si l'on
était une bombe à retardement! Les allers-retours à l’hôpital
sont très fréquents et les rendez-vous avec des spécialistes se
multiplient également. Il y a des différences d’un hôpital à
l’autre, mais il y a des régions où le suivi en nutrition est
obligatoire pour les grossesses gémellaires, même s’il n’y a
pas de diabète gestationnel de diagnostiqué. Ça devient très
lourd à gérer au quotidien.
Attendre
des jumeaux, c’est aussi différent au niveau du vécu. On se pose
beaucoup de questions que les parents qui attendent un seul enfant ne
se poseront jamais. Est-ce que je vais avoir assez de lait pour deux
bébés? Est-ce que je vais arriver à dormir avec deux bébés ?!
Comment vais-je faire pour les différencier? Est-ce que je vais
arriver à tout gérer? La pression financière aussi, parce qu’on
s’imagine qu’on devra acheter absolument tout en double.
Une
grosse partie de ton livre parle des bébés prématurés... pourquoi
couvrir un tel sujet dans un livre sur l'accouchement gémellaire?
Au
tout début de ma démarche, quand j’ai créé mes cours prénataux
gémellaires, j’ai demandé aux parents de jumeaux ce qu’ils
auraient voulu savoir avant l’accouchement afin d’être mieux
préparés à ce qu’ils ont vécu. Beaucoup m’ont parlé de leur
expérience en néonatalogie qu’ils ont trouvée très difficile,
et ce, en grande partie parce qu’on ne les avait pas suffisamment
préparés. La prématurité, c’est-à-dire une naissance avant la
37e
semaine
d’aménorrhée, c’est la complication gémellaire no 1. Elle
touche près de 50% des jumeaux, ce qui est énorme! Et,
contrairement à ce qu’on pourrait penser, naître un peu trop tôt,
ce n’est pas anodin; de graves complications peuvent survenir. Sans
être alarmiste, j’explore avec les futurs parents de jumeaux ce
qui se passe dans une unité néonatale de soins intensifs et de
soins intermédiaires, afin de réduire au maximum les données
inconnues, parce que, de mon point de vue, ce qui fait peur, c’est
l’inconnu. Même si les parents ont 50% de chance de ne jamais
vivre ce que je décris dans mon livre, je trouve important de les y
préparer, juste au cas.
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| Livre "Les Gémellicours", p.221 |
Si
je ne me trompe pas, tu crois que les grossesses gémellaires
devraient être considérées comme normales?
Exactement.
À mon sens, une grossesse gémellaire n’est pas pathologique en
soi. Il est vrai qu’elle le devient plus facilement qu’une
grossesse simple, mais tant qu’aucune complication ne se pointe
effectivement le nez, on devrait considérer la grossesse gémellaire
comme n’importe quelle autre grossesse. Ce qui veut dire qu’on
devrait pouvoir avoir un suivi avec une sage-femme. C’est surtout
sur ce point que je trouve que la surmédicalisation de la grossesse
gémellaire fait des ravages. C’est un fait, il y a plus de
prééclampsie, de diabète gestationnel, d’anémie, de haute
tension et j’en passe chez les grossesses gémellaires, mais ça se
peut aussi que la grossesse se déroule sans aucune de ces
complications. J’en suis la preuve vivante! Mon accouchement s’est
déroulé tellement naturellement et facilement que c’est presque
une honte d’avoir monopolisé autant de ressources de spécialistes
pour une condition qui, à la base, était normale! D’ailleurs,
j’ai eu une cliente qui s’est fait dire à la clinique de
grossesse à risque (GARE) de l’hôpital Ste-Justine que les
grossesses gémellaires avec deux placentas n’étaient plus
considérées à risque et qu’elle pouvait poursuivre son suivi
avec son médecin. Une vision qui, malheureusement, n’est pas
partagée par tous les hôpitaux du Québec…
Quel
conseil donnerais-tu à une femme qui souhaite accoucher
naturellement de ses jumeaux?
D’abord,
de croire en elle et en ses bébés et d'être très déterminée.
Une femme est faite pour porter des bébés et son corps sait ce
qu’il a à faire, mais les obstacles sont nombreux. Ensuite, de se
trouver une accompagnante à la naissance parce que, à travers toute
cette médicalisation, c’est facile de perdre le cap. Viens un
moment où les échographies et les tests sont tellement
omniprésents, qu’on finit par croire que notre condition est une
maladie, et ce même quand les équipes médicales se montrent
rassurantes en disant que tout est parfaitement normal.
Finalement,
je dirais cette phrase que je répète souvent dans mes cours et
aussi dans mon livre : « Tant qu’on n’a pas de preuve
que ça va mal, c’est que ça va bien! »
Quel
conseil donnerais-tu à une doula qui souhaite accompagner le mieux
possible une grossesse et un accouchement gémellaires?
Il
n'y a pas une recette miracle, mais je crois que la base d’un
accompagnement gémellaire n’est pas différente d’un
accompagnement normal. Il s’agit donc bien plus de savoir-être que
de savoir-faire… Cela dit, plus on en sait, mieux on est outillée
pour répondre aux questions, alors je suggérerais de lire le plus
possible sur le sujet. J’invite les accompagnantes à me contacter
si elles ont des questions. Je vais d’ailleurs offrir bientôt un
« Gémellicours spécial Doula » et je donnerai une
conférence au Yonifest cet été. On pourrait croire aussi que les
Gémellicours ne sont pas nécessaires quand on a une accompagnante,
mais je crois sincèrement que mon cours est un complément
incontournable. Les parents qui avaient une accompagnante et qui ont
quand même assisté à mon cours ont trouvé intéressant et
rassurant de discuter avec d’autres parents de jumeaux pendant la
journée. De plus, pouvoir poser des questions à quelqu’un qui est
passé par où ils passaient a été précieux, selon ce qu’on m’a
rapporté. Je crois donc qu’il pourrait être bénéfique pour les
Doulas d’inviter leurs clients à suivre un Gémellicours en
supplément de leur accompagnement. En terminant, je dirais aussi aux
accompagnantes de se préparer (et de préparer leurs clients) à ce
qu’elles soient possiblement exclues du processus vers la fin de
l’accouchement parce que, malheureusement, il y a des hôpitaux
demande aux femmes de faire la poussée en salle d’opération et
qui refusent, parce que c’est le protocole, d’accepter une autre
personne que le conjoint en salle d’opération. Encore cette
semaine, je l’ai vécu et j’ai personnellement trouvé ça
difficile à accepter. Quand tu passes 20 heures auprès d’un
couple et que, le moment venu, on se fait dire : « c’est
quoi ça, une accompagnante? Ça ne sert à rien, elle va être très
bien entourée avec les deux gynécos, les 4 infirmières,
l’inhalothérapeute, l’anesthésiste et les deux pédiatres! »
c’est difficile à vivre… Je dois dire, cependant, que ce n’est
pas partout la même chose. J’ai assisté à une merveilleuse
naissance double dans un autre hôpital et jamais je n’ai été
mise à l’écart.
Depuis
plusieurs années, nous assistons à une "humanisation des
naissances", approche qui reconnait l'accouchement comme un
phénomène naturel, sécuritaire et complexe dont l'être humain en
entier (physique, émotif, cognitif, social et spirituel) est
impliqué. À ton avis, est-il utopique de rêver d'humanisation des
naissances gémellaires?
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| Livre "Les Gémellicours", p.155 |
Je
dois cependant dire qu’il y a un certain vent de changement qui
souffle tout doucement. Je vois de plus en plus de femmes s’inscrire
à mes cours en disant qu’elles recherchent des outils pour obtenir
un accouchement gémellaire plus humain, mieux respecté. J’ai
rencontré une femme incroyablement forte qui, en pleine contraction,
a tenu tête à l’infirmière-chef qui lui disait qu’elle n’avait
pas le droit de refuser d'aller en salle d’opération pour la
poussée (ce qui est totalement faux). Entre deux contractions, elle
a signé son refus de traitement avec l’accord du gynécologue en
chef du département et elle a accouché de ses jumeaux dans sa
chambre et tout s’est bien passé. J’ai moi-même assisté à un
AVAC de jumeaux en novembre dernier! C’est d’ailleurs pour
regrouper ces récits et donner une impulsion au mouvement que j’ai
créé ma page Facebook Accouchement Gémellaire Respecté. Je crois
sincèrement qu’ensemble, à force de demander et de s’exprimer,
on va finir par obtenir des naissances gémellaires plus humaines un
jour. Il ne faut pas baisser les bras! Jamais!
Crois-tu
qu'il existera, dans un certain futur proche, une pratique sage-femme
ou autre, qui assistera les naissances gémellaires à domicile ou
dans des chambres de naissance et qui considérera ces accouchements
naturels?
C’est
mon plus grand rêve et je l’espère de tout mon être! Ce que je
voudrais, c’est que les femmes aient au moins le choix. Qu’elles
puissent, en toute connaissance de cause, décider pour elles-mêmes :
où, comment et avec qui elles veulent donner naissance à leurs
jumeaux. Un bon point de départ ce serait à mon avis de commencer
par les grossesses dichorionques diamniotiques (deux placentas et
deux poches amniotiques) sans complication dont les deux bébés ont
la tête en bas. C’est le type d’accouchement gémellaire qui
présente le moins de risques et qui pourrait tout à fait être pris
en charge par une sage-femme.
Il
faut souligner aussi que, si les sages-femmes du Québec n'assistent
pas les accouchements gémellaires, ce n’est pas qu’elles ne sont
pas capables ou qu’elles ne sont pas formées. C’est qu’elles
n’ont pas le droit… pour le moment. Il faudrait donc changer la
loi, ce qui n’est pas une mince affaire. Certains pourraient
craindre un recul sur d’autres points, si l'on rouvrait la loi, et
je les comprends. Ce qui est malheureux dans tout ça, c’est qu’à
cause de ça, on accepte le statuquo et quand une femme a un suivi
sage-femme et qu’elle apprend qu’elle a des jumeaux, elle est
tout simplement et tout bêtement transférée, « parce que
c’est comme ça », sans soutien et sans information.
J’aimerais qu’on offre aux femmes enceintes de jumeaux qui
perdent leur suivi un meilleur accompagnement dans leur transfert.
Un
autre rêve fou que j’ai, c’est de créer une clinique GARE
humanisée. Un genre de maison de naissance pour grossesse à risque
avec accompagnante, sage-femme et gynéco qui travaillent ensemble
différemment.
Même
s'il y a plus de risque lors des grossesses gémellaires, le risque,
en 2017, il est tout relatif et c’est aux femmes de décider quels
risques elles sont prêtes à accepter ou pas. Parce que c’est un
fait, on a infiniment plus de chance d’avoir un accident de voiture
que de mourir d’un accouchement gémellaire… est-ce qu’on cesse
pour autant de conduire « pour ne pas prendre de chance? »
C’est un risque qu’on est prêt à accepter, tout simplement…
Merci
beaucoup, Karine, pour cet échange. Peux-tu, avant de nous quitter,
nous dire un dernier mot sur ton livre et comment se le procurer...
Mon
livre est actuellement en vente sur mon site internet
www.gemellicours.com.
On peut aussi se le procurer en personne chez Mieux-Naître à Laval
ainsi qu’à La source en soi à Montréal. Je précise que les
participants aux Gémellicours de groupe peuvent se procurer mon
livre à moindre coût. Mes dates de cours sont affichées sur mon
site. Je donne des cours à Québec et à Laval. Quelques fois par
année, j’offre des rabais et des promotions également, il faut
donc rester à l’affut!
Un
grand merci pour cette entrevue et cette opportunité de faire
connaître mon travail dans l’humanisation des naissances
gémellaires!
Voilà que prend fin notre entretien
avec Karine Forget, Accompagnante
à la naissance
www.gemellicours.com
*** CONCOURS ***
Semaine mondiale de
l'accouchement respecté : « Sans oui c'est non, même
quand j'accouche! »
Gagnez le livre
Les
Gémellicours, bien se préparer à la naissance de jumeaux de
Karine Forget
***jusqu'à vendredi
19 mai 2017, minuit, commentez ce billet (sur ce blogue ou sous la
publication Facebook de Ma mère c'est la plus forte pour avoir une
chance de gagner. Partagez sur Facebook pour une chance
supplémentaire).
Que l'on donne naissance à un
ou deux bébés, le consentement de la femme avant toute intervention
devrait toujours être respecté, qu'importe le lieu de naissance. @
SMAR 2017
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| https://materniteetdignite.wordpress.com/ |





Merci d avoir ecrit cette ressource!
RépondreEffacerAnnedero@gmail.com
Oui, c'est une belle ressource que Karine Forget à écrit! Je lui passerai votre mot. Merci
EffacerSuper entrevue qui fait du bien à lire! J'attends des jumelles et me suis sentie exactement comme Karine quand on m'a annoncé que je ne pourrais pas être suivie par une sage-femme. Merci!
RépondreEffacerMon nom n'apparaît pas...c'est Marjorie Grégoire: marjorievdp@hotmail.com
EffacerFélicitaion à Nat de Montréal, gagnante du coucours!!! MERCI à tous de votre participation!
RépondreEffacer:) IMPORTANT!!! :)
RépondreEffacerPour vous remercié d'avoir participer en grand nombre au concours...
EXPÉDITION GRATUITE à l'achat de mon livre du 21 au 28 mai!
Pour en profiter: https://www.gemellicours.com/le-livre
What's up colleagues, its fantastic article about cultureand entirely defined, keep it up all the time. gmail login
RépondreEffacer