L’accouchement
à domicile demeure une option méconnue qui suscite plusieurs peurs et préjugés.
Sur différents forums de la
Toile , la question revient régulièrement
« Les filles,
pourquoi choisissez-vous l’accouchement à domicile? »
Spontanément,
j’ai envie de leur répondre :
« Parce
qu’une grossesse et un accouchement ne sont pas une maladie. »
« Parce
qu’un accouchement à domicile est une des plus grandes et belles choses au
monde! »
« Parce
que les bébés devraient naître exactement là où ils ont été conçus. »
Puisque ces
cris du cœur ne parviendront peut-être pas à toutes vous convaincre, j’ai cru
intéressant de faire un bilan des éléments nécessaires à un accouchement
naturel et des récentes données sur l’accouchement à domicile afin que vous constatiez
vous-même pourquoi cette pratique est un choix judicieux pour la femme en
santé.
Les conditions optimales pour un accouchement
naturel
- Un environnement où vous êtes à l’aise d’aller aux toilettes ou d’avoir
une relation sexuelle.
« Les sphincters sont des zones
timides » — Ina
May GASKIN, sage-femme
Le vagin et
la vulve ne s’ouvriront qu’avec un consentement profond d’une femme qui se sent
à l’aise dans l’endroit où elle se trouve et avec les personnes l’entourent. Sa
propre chambre à coucher et la salle de bain peuvent donc faciliter l’ouverture
et le laisser-aller pour la naissance de son bébé.
- Un sentiment de sécurité.
Chez vous,
vous sentez-vous en sécurité? Si vous entendez des bruits inquiétants autour de
la maison durant la nuit, votre corps générera des hormones de stress de la
famille de l’adrénaline, hormones qui nuisent au sommeil comme à
l’accouchement. Le sentiment de sécurité (conscient ou inconscient) est
essentiel au processus naturel de l’accouchement
La notion
de sécurité varie d’une société à l’autre, d’une époque à l’autre, d’un individu
à l’autre. Bien que l’hôpital semble souvent procurer une certaine sécurité,
rappelez-vous qu'un « hôpital est un
environnement aliéné pour la plupart des femmes, dans lequel les routines
institutionnalisées et le manque d’intimité peuvent contribuer à un sentiment
de perte de contrôle. » — The
Royal College of Mifwives U.K.
- Être informée sur l’accouchement.
Garder en
tête qu’accoucher est un travail exigeant. Que lorsqu’on se laisse aller au
processus, chaque contraction est suivie d’un relâchement (les cycles ocytocine
-endorphine de l’accouchement). L’accouchement est victime de beaucoup de
mythes et de préjugés transmis par les médias (ex. : scène d’urgence), des
études désuètes, un souvenir collectif d’une autre époque… Lisez Une naissance heureuse d’Isabelle
Brabant, visionnez L’arbre et le nid
de Valérie Pouliane, familiarisez-vous avec des témoignages positifs comme ceux
du livre Au cœur de la naissance…
« Si l’on donnait aux patientes tous les
détails concernant les taux de mortalités et de morbidités reliés à la
césarienne, la plupart des femmes se lèveraient, sortiraient et auraient leur
bébé sous un arbre. » — Dr Dermot W. MACDONALD
En vous
informant sur les données récentes à propos de l’accouchement, vous constaterez
que le risque zéro n’existe pas et l’accouchement à domicile est un choix
raisonnable et sécuritaire.
- Un état mental en harmonie avec le processus.
Avoir une
perception positive de l’accouchement, de ses sensations et de son intensité
fait toute la différence. Comme pour s’endormir le soir, si vos pensées
vagabondent, vous ne parvenez pas à vous abandonner au processus du sommeil. Le
cerveau est sensible à la suggestion (placebo, visualisation, hypnose, phobie,
stress…)
« Que vous croyiez être capable de faire
une chose ou non, vous avez raison » — Henry FORD
Accepter la
force des contractions au lieu de lutter contre envoi un puissant message au
corps afin que le travail de l’accouchement progresse… À leur domicile, les
femmes savent qu’elles doivent faire confiance à votre corps qui a
merveilleusement bien fait le travail depuis neuf mois.
Des données sur l’accouchement à domicile… et
la « notion du risque obstétrical »
Contrairement
à certaines sociétés anciennes, notre société véhicule une culture de la peur
autour de l’accouchement. Pourtant, des années de recherches ont démontré les
effets pervers des technologies, engendrant souvent une escalade d’intervention
plutôt que de favoriser le processus normal et sécuritaire qu’est
l’accouchement. On sait aussi l’importance des conditions de vie sur la
sécurité de l’accouchement.
L’importance des conditions de vie
À l’échelle de la planète, « la majorité
des décès périnatals, 99% des bébés et 98% des mères, ont lieu dans des pays en
voie de développement, où les femmes n’ont pas accès à des services de santé
de base. »
|
||
Canada
|
Afghnistan
|
|
Classement
mondial selon ses conditions de vie
|
9e
|
160e
|
Décès lié
à la grossesse de la femme
|
1 sur 11
000
|
1 sur 23
|
Mort
infantile (0-5 ans)
|
1 sur 167
|
1 sur 4
(pratiquement chaque femme perd un enfant)
|
Malnutrition
|
-
|
1 sur 3
|
Accès à
l’eau potable
|
Virtuellement
100%
|
27%
(L’allaitement devient alors essentiel)
|
Présence
d’un professionnel formé à l’accouchement
|
Virtuellement
100%
|
14%
|
Nombres
d’années de scolarisation formelle
|
16 ans
|
4 ans
|
Tirée du
rapport Woman on the Front Line of Health Care- State of the World's Mothers 2010 produit par l'organisme indépendant Safe the Children.
Étude récente sur les interventions
périnatales
(pour le même type de clientèle à bas risque)
|
||
Suivi
sage-femme en maison de naissance
|
Suivi
médical et accouchement en milieu hospitalier
|
|
Hospitalisation
en cours de grossesse
|
3,3%
|
10,3%
|
Bébé
prématuré
|
2,9%
|
5,7%
|
Utilisation
de forceps,
|
1,4%
|
4,1%
|
Utilisation
de ventouse
|
1,7%
|
10,2%
|
Épisiotomie
|
5,8%
|
32%
|
Césarienne
|
10,8%
|
19,8%
|
Tiré de l’Évaluation des projets pilotes de la pratique
des sages-femmes au Québec 1997
« Nous vivons dans la culture du risque,
la culture de la peur et rappelons-nous que la notion du risque obstétrical a
été inventée aux États-Unis. Nous sommes un peu dans cette approche, en
obstétrique et je vous mets en garde, intervenant, médecins de famille,
obstétriciens, accoucheurs et sages-femmes, de faire très attention à cette
musique du risque et de la peur; car elle n’est pas sans « dommages
collatéraux » : nous assistons à une perte de confiance de toute une
génération de femmes en leur capacité d’accoucher simplement. » - Dr Vinia JIMINEZ
Par
Cynthia Durand, www.lasaisondumammouth.blogspot.com,
septembre 2014
Références :
BRABANT Isabelle, Une naissance heureuse: bien vivre sa grossesse et son accouchement, Édition Fides, Montréal, 2013
BLAIS Régis et Pierre JOUBERT, Évaluation des projets pilotes de la
pratique des sages-femmes au Québec, Université Laval, 1997.
BUCKLEY Sarah, Gentle Birth, Gentle Mothering, Editions Celestial Art, Australie, 2009.
GASKIN Ina May, Spiritual Midwifery,
PASCALI-BONARO Debra, Orgasmic Birth: The Best-Kept Secret, Sunken Treasure LLC, Californie, 2008.
Regroupement Naissance-Renaissance, Maternité et intelligences citoyennes, Montréal, 2012.
Safe The Children, Woman on the Front Line of Health Care- State of the World's Mothers 2010, www.savethechildren.org, PDF SOWM-2010-Women-on-the-Front-Lines-of-Health-Care, 2010.
The Royal College of Midwives, Evidence Based Guidelines for Midwifery-Led Care in Labour, Royaume-Unis, section "Birth Environnement", 2012; d'après une étude de Lock and Gibb 2003.
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