Chère Kunngat,
Comment vas-tu?
Voici quelques nouvelles d'Iqaluit et la suite de notrecorrespondance d'avril dernier.
Il a fait moins
cinquante toute semaine. Bon j'exagère encore : on a eu moins
quarante-sept degrés Celsius, puis moins quarante-neuf. L'école,
elle peut fermer à partir de moins cinquante. Sauf que le mot
« peut » inscrit dans cette politique de la commission
scolaire, combiné au choix aléatoire de la source météorologique,
fait que l'école a été ouverte toute la semaine.
J'aimerais être
cette bonne mère, celle qui valorise inconditionnellement l'école,
ses professeurs, ses politiques. Mais, ce matin, quand j'ai fait deux
pas pour mettre mon sac de vidanges dans ma boîte verte adjacente à
nos marches extérieures, que le froid m'a transpercé les
entrailles, je me suis dit que c'était inhumain d'exiger aux enfants
de se rendre au coin de la rue, devant la bâtisse bleu terne
abandonnée du Housing Corporation, exposé aux vents dominants, pour
un autobus jaune qui n'est jamais à l'heure, mais qui n'attend
jamais. C'est ridicule, voire dangereux, de sortir à cette
température-là, quand tu as une petite peau délicate d'enfant.
Alors, mes enfants,
ils se sont bâti un château fort dans le salon et puisque la ville
a décidé que ce froid extrême compromettait la sécurité de ses
employés – contrairement à la commission scolaire qui a ouvert
ses écoles – donc, que les camions-citernes demeureraient au
garage municipal aujourd'hui, il a fallu utiliser avec parcimonie
notre consommation d'eau... Youpi, congé de popote et de lavage!
Malgré la (bonne)
fatigue, cumulée avec Les Monologues du Vagin, j'avais promis aux
enfants un spectacle pour enfants (sans histoires de vagins), après
ma pièce. Alors, demain, pour l'ouverture des Rendez-Vous de la
Francophonie, je serai au francocentre avec mon costume de Pommette
la Clownette et, crois-le ou non, je tenterai de me délier les mains
menottées, les yeux fermés et dix secondes. Puis, je ferai
disparaître une balle imaginaire, et elle réapparaîtra, je ne sais
pas, peut-être chez toi à Boucherville, ou même à Stoke, pour la
petite Emma. Ou peut-être bien que la balle imaginaire réapparaîtra
à Ste-Lucie-des-Laurentides, lors du lancement des Mémoires de mon
grand-père abitibien en juin prochain. Qui sait?
Allez! Je
t'embrasse!
Profite de chaque
minute, parce qu'elles passent tellement vite. On se voit bientôt,
presque!
Cynthia xx



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