Il est 9 h 15, mardi 1erseptembre.
C’est la rentrée.
Les enfants sont tellement heureux d’y retourner! Après un « été » qui aura duré cinq mois, de mars à aout, ils meurent d’envie de courir prendre leur autobus, de serrer leurs camarades et professeurs d’autrefois dans les bras et de leur raconter leurs péripéties d’été.
De mars à aout, nous étions en famille, à se lever aux heures où l’on a bien récupéré, à partir en vélo vers le Parc de la rivière Iqaluit, à jouer dans le sable, à marcher au bord de la mer, à manger des nouilles aux fromages à l’heure que notre ventre le murmure... Puis, ce matin, déjà, c’est le retour à la « normale ».
Je sais que la normale est bien différente d’un endroit à l’autre du globe, surtout en ce temps de Corona-Virus. Ici au Nunavut, on a encore aucun cas d’officiellement recensé. Sur toute la planète, on fait partie des rares iles suffisamment isolées et ayant rapidement mis en place des outils pour prévenir la pandémie. Alors, on a passé tout l’été au Nunavut. Pour la première fois depuis dix ans, on a passé l’été sans voir nos beaux arbres du Sud, sans voir nos parents et nos chers cousins-cousines dont les enfants s’ennuient tellement. On a vu l’été du Nunavut sous toutes ses couleurs, qui a passé trop vite. Dans l’Arctique, chaque jour en t-shirt, tu le savoures, et ne le tiens jamais pour acquis. On sait que le lendemain, on va peut-être enfiler nos tuques et mitaines pour se gommer le bec de guimauves et s’more autour du feu de camp. Alors, on a campé, on a grimpé et on s’est même baigné (ce qui est la première fois que ça m’arrive, ici, en dix ans!)
Il y a quelques jours, on marchait sur le bord de la mer, à la quête d’une grotte de dragon, d’œufs de perdrix et de phoques à chasser. Personnellement, je serais bien déménagé pour toujours à notre site camping, ou, au moins, encore quelques jours.
Ce matin, alors que les grands ont pris la route de l’école, j’ai ressorti les os que j’ai récupéré dans la toundra, - un sacrum, - ça vient d’un caribou, peut-être, ça pourrait être précieux pour mes cours prénataux; mon ordinateur, dont j’avais tellement hâte d’enfin reprendre et prendre le temps; mon café au lait, bu chaud, sans me relever 1000 fois pour les impératifs des enfants. Le temps file, je dois retourner à ma popote, car l’heure du diner approche et mes petites fourmis en auront surement long à raconter sur cette rentrée atypique, mais, pour eux, si normale.
Bonne rentrée!
Cynthia :)
Note linguistique : En 1542, un traité littéraire proposa de rectifier « l’escriture françoise ». Depuis, l’Académie française propose des ajustements de l’orthographe environ tous les quatre-vingts ans pour harmoniser la langue. Les graphies de ce texte (trait d'union et soudure, accents et tréma, pluriels modifiés...) sont conformes aux recommandations de la nouvelle orthographe (1990).

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